L'Assassinat du duc de Guise
Mik Fondal - illustrations Pierre Joubert
Signe de Piste 101, 1957

L’Assassinat du Duc de Guise est le titre de deux films, le premier daté de 1897 (oui, c’est vieux !), le second de 1908. C’est aussi le titre d’un troisième, tourné en 1957 sur les lieux mêmes de l’assassinat d’Henri de Lorraine en 1588. Revenons sur le tournage.

Cet été 1957, le château de Blois et son escalier s’emplissent d’une effervescence qui ne doit rien aux flots de touristes habituels en cette saison : une équipe de tournage envahit les lieux. Réalisateur, metteur en scène, acteurs, figurants, costumiers se sentent comme chez eux dans le domaine de Mademoiselle la conservatrice de tous les musées. Leur spectacle son et lumière est fin prêt, le tournage du film peut commencer. Mais à peine les répétitions et les premières scènes entamées, l’acteur qui incarne le duc meurt d’une façon qui ressemble étrangement à celle de son personnage : dans la chambre du ''vrai'' duc, au pied de son lit, dans son costume, d’un coup de poignard. La coïncidence est frappante ; l’ombre du Balafré planerait-elle sur le film ?

Dedour, la victime, n’était pas le premier acteur pressenti pour le rôle. Il avait remplacé au dernier moment Braque, peu fiable, dont le producteur Port-Saint dit le gros a préféré se séparer au profit d’un acteur certes de talent moindre mais à la réputation plus saine. Le meurtre aurait-il un rapport avec cette substitution de dernière minute ? Ou bien serait-ce une histoire d’argent ?

L’enquête a montré que plusieurs personnes présentes au moment du crime n’étaient pas des plus recommandables, à commencer par Port-Saint lui-même qui, malgré sa robe de chambre flamboyante, a un passé assez sombre.

Une autre piste envisagée tournerait autour d’une femme. «Si tu bloques la souris tu bloques le Jules» a indiqué une source proche de l’enquête. Mais aucune souris sur le film. A peine un petit rat prénommé Rémi, un petit page qui semble en savoir plus long qu’il ne l’admet.

L’enquête, supervisée par Tonton Léon… euh… Léon Mercadier, juge d’instruction à Versailles en vacances à Blois, a été confiée à l’inspecteur Fortier, de la police judiciaire de Paris. Habitués à travailler en duo, les deux hommes finiront bien par démêler les fils compliqués de cette affaire peu commune, où chacun semble avoir quelque chose à cacher.

Même Mik. Parce qu’au milieu de tout cela, bien sûr, il y a Michel Mercadier, qui n’a pas besoin de cinéma pour se faire des films et aime bien se laisser guider par les souris… Et puis il y a Bruno, tout frisé, tout abandonné, que Mik prend sous son aile pour les vacances, et Pomme, la petite cousine de Rémi, qui vaut bien à elle toute seule les six cousines réunies. Tout ce petit monde dans les jambes de l’Inspecteur Fortier, ça ne fait pas vraiment avancer l’enquête… officielle. Parce que l’enquête de M. Chat-Tigre, elle, est en bonne voie d’aboutir !

Jean-Louis Foncine a écrit dans Le Bulletin des Amis du Signe de Piste n°46, décembre 1999, que L’Assassinat du duc de Guise, troisième Mik Fondal, est un clin d’œil de Serge Dalens à Mademoiselle le Conservateur de tous les Musées, qu’il comptait parmi ses amies. Mais peut-on voir dans les descriptions des lieux, dans l’attirance de Mik pour les fantastiques architectures des châteaux de la Loire autre chose que la patte de Bruno Saint-Hill ? L’exubérance de Pomme, les bouclettes attendrissantes de Bruno, l’assassin qu’on retrouve au jardin avec sa vieille mère, dans un tableau si champêtre qu’on aurait presque envie de dire «c’est pas lui…» Tout ça, c’est du Bruno Saint-Hill, bien sûr. Et les souris ? On vous laisse les chercher…

Pauline Bertrand

Nampilly, juin 2009

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