La belle jeunesse de Quinquembois
Les Seigneurs d'Anjou 1
Anne Beauchamps
Signe de Piste n°149, 1961 - Illustrations Pierre Joubert

La Tête haute

Les Seigneurs d'Anjou

Toute fin du XIXème siècle, quelque part en Anjou. Enfin, Anjou, c’est beaucoup dire. Tous ceux qui connaissent ce que l’on appelle communément "la France profonde" reconnaîtront en Martigné-la-Jubaudière, le pays d’Yves Quinquembois, leur propre village. Ceux-là comprendront tout de suite que Martigné-la-Jubaudière n’est pas qu’un village, c’est aussi tout un petit monde.

Yves y vit avec sa grand-mère couturière et sa maman professeur de musique. "Les patronnes", comme il les appelle. Mais sa famille ne s’arrête pas là. Il y a aussi l’oncle Cyprien et la tante Déborah. Et puis les cousines Guesdon, deux vieilles filles qui font le tour du pays. Les amis : Chérubin et Marie va-li-dire. Et les animaux, bien sûr, puisque nous sommes à la campagne : Fanor le chien, Pichouette la pie, Agathe l’ânesse égyptienne.

Chacune de ces figures pittoresques intervient à un moment clé de la vie d’Yves (ou Vonvon, pour les patronnes). Chaque rencontre l’aide à grandir, à mûrir, lui apporte un peu plus de cette humanité qui fera de lui un homme accompli. Ou du moins un grand garçon, car le récit commence quand Yves n’est encore qu’un bébé et se termine au début de son adolescence.

Il est difficile de tout raconter, car chaque chapitre constitue un épisode bien distinct de la vie d’Yves. Avec lui, nous passons par tout un ensemble d’émotions et de sentiments : il y a les moments drôles, les moments tendres, les moments sérieux, les moments dramatiques. La chute d’Yves dans la cuve à vin, les débuts de sa maman comme professeur de piano, l’arrivée de Pichouette, une bagarre (mémorable !) avec Chérubin… En quelques mots : la vie sereine et tranquille d’un enfant de la campagne.

Dans la seconde partie du roman, le jeune Quinquembois quitte Martigné-la-Jubaudière pour suivre son oncle Cyprien qui va porter sa médecine de village en village. Durant un an, Yves parcourt les routes de France, sur le dos d’Agathe, et découvre la vie à travers les yeux de Cyprien. Ils croiseront un notaire blessé qui éveillera chez Yves une (courte) vocation de philatéliste, passeront l’hiver dans une auberge à la clientèle haute en couleurs, rendront à un vieil homme l’héritage perdu de son aïeul, adopteront un écureuil qui traverse une rivière sur un radeau, sauveront de la faim un enfant abandonné… Autant de péripéties qui pourraient prêter à rire, si elles n’étaient contées d’un ton si charmant et si innocent.

Anne Beauchamps préfère s’effacer et laisser la parole à Yves qui se met en scène d’un ton vif, simple, presque candide parfois. Et il en est bien content: «Je parle comme cela me vient, c’est bien vrai que j’ai l’accent de mon pays». Il n’a rien du "Seigneur" que laisse entendre le titre "Les Seigneurs d’Anjou". Pas de château, pas de particule, pas de richesses (quoiqu’il pourrait bien y avoir un trésor dans la cave). Mais Yves et son entourage montrent tant de noblesse de cœur et de grandeur d’âme qu’ils ont cent fois mérité d’être les Seigneurs de Martigné-la-Jubaudière.

Le récit d’Yves Quinquembois fera sourire les lecteurs plus âgés qui se rappelleront leur jeunesse (du moins les très très âgés), et enchantera les plus jeunes qui rêveront de vacances à la campagne. La belle jeunesse de Quinquembois, tout le monde aurait voulu la connaître. Comme il le dit lui-même : «avoir passé sa jeunesse là, c’est avoir connu le paradis».

Pauline Bertrand

Nampilly, août 2008

MEMO
_____________________________________________

Yves Quinquembois et Véronique Cau

Les illustrations de Pierre Joubert pour La belle jeunesse de Quinquembois, bien qu'anachroniques, sont absolument adorables. Les dessins montrent aussi parfaitement la fraîcheur de Vonvon, Chérubin et Marie va-li-dire que la majesté de la ferme de Martigné-la-Jubaudière.

Ce roman a été réédité aux Editions Rouge et Or Souveraine en 1975 sous le titre Un petit gars du nom de Quinquembois. Les illustrations sont signées Véronique Cau. Il est dommage que les dessins, très mignons et volontairement naïfs, manquent un peu de vie pour un récit aussi truculent.

 

Nampilly, c'est aussi...