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Toute
fin du XIXème siècle, quelque part en Anjou. Enfin,
Anjou, c’est beaucoup dire. Tous ceux qui connaissent ce que
l’on appelle communément "la France profonde"
reconnaîtront en Martigné-la-Jubaudière, le
pays d’Yves Quinquembois, leur propre village. Ceux-là
comprendront tout de suite que Martigné-la-Jubaudière
n’est pas qu’un village, c’est aussi tout un petit
monde.
Yves y vit avec sa grand-mère couturière
et sa maman professeur de musique. "Les patronnes", comme
il les appelle. Mais sa famille ne s’arrête pas
là. Il y a aussi l’oncle Cyprien et la tante Déborah.
Et puis les cousines Guesdon, deux vieilles filles qui font le tour
du pays. Les amis : Chérubin et Marie va-li-dire. Et les
animaux, bien sûr, puisque nous sommes à la campagne
: Fanor le chien, Pichouette la pie, Agathe l’ânesse
égyptienne.
Chacune de ces figures pittoresques intervient à un moment
clé de la vie d’Yves (ou Vonvon, pour les patronnes).
Chaque rencontre l’aide à grandir, à mûrir,
lui apporte un peu plus de cette humanité qui fera de lui
un homme accompli. Ou du moins un grand garçon, car le récit
commence quand Yves n’est encore qu’un bébé
et se termine au début de son adolescence.
Il est difficile de tout raconter, car chaque chapitre constitue
un épisode bien distinct de la vie d’Yves. Avec lui,
nous passons par tout un ensemble d’émotions et de
sentiments : il y a les moments drôles, les moments tendres,
les moments sérieux, les moments dramatiques. La chute d’Yves
dans la cuve à vin, les débuts de sa maman comme professeur
de piano, l’arrivée de Pichouette, une bagarre (mémorable
!) avec Chérubin… En quelques mots : la vie sereine
et tranquille d’un enfant de la campagne.
Dans la seconde partie du roman, le jeune Quinquembois quitte Martigné-la-Jubaudière
pour suivre son oncle Cyprien qui va porter sa médecine de
village en village. Durant un an, Yves parcourt les routes de France,
sur le dos d’Agathe, et découvre la vie à travers
les yeux de Cyprien. Ils croiseront un notaire blessé qui
éveillera chez Yves une (courte) vocation de philatéliste,
passeront l’hiver dans une auberge à la clientèle
haute en couleurs, rendront à un vieil homme l’héritage
perdu de son aïeul, adopteront un écureuil qui traverse
une rivière sur un radeau, sauveront de la faim un enfant
abandonné… Autant de péripéties qui pourraient
prêter à rire, si elles n’étaient contées
d’un ton si charmant et si innocent.
Anne Beauchamps préfère s’effacer et laisser
la parole à Yves qui se met en scène d’un ton
vif, simple, presque candide parfois. Et il en est bien content:
«Je parle comme cela me vient, c’est bien vrai que
j’ai l’accent de mon pays». Il n’a rien
du "Seigneur" que laisse entendre le titre "Les
Seigneurs d’Anjou". Pas de château, pas de particule,
pas de richesses (quoiqu’il pourrait bien y avoir un trésor
dans la cave). Mais Yves et son entourage montrent tant de noblesse
de cœur et de grandeur d’âme qu’ils ont cent
fois mérité d’être les Seigneurs de Martigné-la-Jubaudière.
Le récit d’Yves Quinquembois fera sourire les lecteurs
plus âgés qui se rappelleront leur jeunesse (du moins
les très très âgés), et enchantera les
plus jeunes qui rêveront de vacances à la campagne.
La belle jeunesse de Quinquembois, tout le monde aurait voulu la
connaître. Comme il le dit lui-même : «avoir
passé sa jeunesse là, c’est avoir connu le paradis».
Pauline Bertrand
Nampilly, août 2008 |
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